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Ugo Humbert, le tube de l’année 2021 ?

Ugo Humbert au Masters 1000 de Paris Bercy 2020. © Christopher Levy

L’épopée automnale du français Ugo Humbert (22 ans), quart de finaliste à Bercy et vainqueur du tournoi d’Anvers (ATP 250) il y a une semaine, constitue la seule éclaircie dans la grisaille tennistique française. Orphelin depuis 1983 , le tennis français peut se réjouir de voir en Ugo Humbert un sérieux candidat à l’interminable succession de Yannick Noah.

En ces semaines moroses de reconfinement, pandémie de  Covid-19 oblige, la tenue du masters 1000 de Paris Bercy (2-8 novembre) représente un des rares motifs de festivité pour les fans de tennis. La participation de l’Espagnol Rafael Nadal, n°2 mondial et tête de série numéro 1, glouton à la Porte d’Auteuil (13 titres), mais toujours bredouille à Bercy (1 finale), représente certes la principale attraction d’un tournoi traditionnellement boudé par l’élite du tennis mondial, sur les rotules après une saison éreintante. Mais cette année, l’Ibère a vu un gamin aux canines aussi acérées qu’un tigre du Bengale lui voler la vedette.

Le jeune Français Ugo Humbert, dossard 34 à l’ATP, donne du relief à un tournoi qui en manque cruellement en cette triste période de huis-clos. « Je suis déçu de l’absence du public. J’aurais aimé vibrer avec eux et partager tout ça avec les Français », regrette Ugo Humbert, showman en devenir. Ugo Humbert n’est pas encore un Novak Djokovic ou un Rafael Nadal, des monstres de résilience capables de réserver un match à la seule force de leur matière grise malgré un niveau de jeu fluctuant. Cependant, à 22 ans, il pourra rajouter la ligne « résilience mentale » à un CV déjà bien garni. Opposé au grec Stefanos Tsitsipas (6ème mondial) au troisième tour, Ugo Humbert aurait pu voir son armure se déliter au vu du scénario de la rencontre. Mais il a réussi à trouver des trésors de ressources mentales pour s’en sortir en trois manches (7-6, 6-7, 7-6).

D’un potentiel crève-cœur de début de carrière, il a réussi à muer cette joute en un modèle d’abnégation et de résilience. Après avoir dilapidé trois balles de match dans le tie-break du deuxième set à 6-3, il se fait griller la politesse par Tsitsipas. In extremis, le Grec empoche le deuxième acte contre le cours du jeu (8-6). Clap de fin pour notre valeureux gladiateur, voué à une inéluctable condamnation à mort dans l’arène ? Que nenni. Ugo Humbert n’est pas fait du même bois que tout le monde : il est de la race des champions. Dopé par ce fâcheux accroc, il breake d’entrée de troisième manche. On se dit que ses démons de fin de deuxième manche sont derrière lui. Il va conclure la partie tranquillement. Mais il rechute. Tsitsipas débreake.

Les deux joueurs tiennent leur service. Le sort de ce match se décidera lors de l’ultime jeu décisif. Digne d’un vieux briscard du circuit, à l’instar d’un Radek Stepanek, Ugo Humbert le mène d’une main de maître, arrivant à enrayer la machine grecque, pourtant bien huilée, et l’emporte 7 points à 3. Exténué physiquement et mentalement, il sortira du court central groggy, incapable de porter son sac pour regagner les vestiaires, tel un papi de 75 ans venant de gagner contre un 30/4 au deuxième tour d’un tournoi amateur en Ardèche.

Le scénario de ce match suit étrangement le même schéma narratif que sa carrière : jalonné d’embûches, mais souvent ponctué d’une happy end. Et pourtant, le mosellan a dû se faire violence pour se forger ce caractère hardi : la gagne ne coule pas dans ses veines. « Ce n’était pas un compétiteur né. C’est quelqu’un de très réservé. Pour lui, la gagne n’était pas quelque chose d’inné », confie Rodolphe Gilbert, ancien 61e mondial et proche du messin, dans les colonnes de Ouest France. Ugo Humbert cultive sa discrétion, jusqu’à en faire sa marque de fabrique.

La perte du deuxième set contre Tsitsipas a révélé son calme olympien, aux antipodes de réactions parfois éruptives de certains de ses compatriotes (comme un certain Benoît P, à tout hasard.). Loin de ressasser cette occasion en or volatilisée, l’espoir du tennis tricolore a préféré capitaliser sur ce passage à vide pour mieux rebondir et finalement coiffer sur le poteau la tête de série numéro deux du tournoi. Ce serait un euphémisme d’avancer que le Messin n’a pas été épargné par le dessin : jugé trop petit et chétif par beaucoup de ses entraîneurs, il est proche de jeter l’éponge et faire une croix sur son rêve à l’aube de l’adolescence.

A cela s’ajoutent des blessures récurrentes (dos, bras, genou) qui surviennent dès l’âge de 12 ans, lors de son intégration du pôle France à Poitiers. Un physique qui pourrit la vie d’un joueur à un si jeune âge augure rarement d’une carrière fructueuse. Mais le terme « échec » ne fait pas partie du lexique du jeune Ugo. Fort d’une rage de triompher et d’une tenace volonté de faire taire les sceptiques, il s’accroche et persévère. L’histoire lui donnera raison : il finira par faire mentir ses détracteurs.

Stakhanoviste des courts

Passé professionnel en 2016, il connaît certes deux années de vache maigre, où ses relatives contre-performances éveillent des doutes, vite balayés par sa saison 2018, tout bonnement étincelante. Irrésistible de fraîcheur et d’audace, il remporte son premier tournoi au Challenger de Ségovie (Espagne) en août. Eligible pour les qualifications de l’US Open, il s’en extirpe après avoir étourdi le coriace polonais Marc Polmans en deux manches (7-5, 6-2), ironie du sort, devenu son bourreau cette année à Roland-Garros. Il y glane sa première victoire dans un tournoi du Grand Chelem pour son tout premier match sur le circuit principal – prouesse majeure- en dominant de la tête et des épaules Collin Altamirano (n°345) en trois sets (6-3, 7-6, 6-3).

Plus qu’un déclic, une révélation. Un dépucelage tennistique, d’aucuns ironiseront. Quelques verrous mentaux auront sauté lors de ce triomphe initiatique. Au tour suivant se dresse néanmoins une montagne : le triple vainqueur de Grand Chelem Stan Wawrinka. Pas du genre à se laisser impressionné par le pedigree XXL du Suisse, Humbert vend chèrement sa peau. Il parvient même à chiper une manche à l’ex-n°3 mondial. Il finit par céder en quatre manches au terme d’un vaillant combat (7-6, 4-6, 6-3, 7-5).

Le Suisse met fin à la prometteuse série de neuf succès consécutifs du Français, véritable tube de l’été du circuit secondaire. Il adoubera le joueur de la Next Gen en conférence de presse, le plaçant dans la lignée des potentiels successeurs du Big 3. Une défaite au goût de victoire pour la jeune pousse. Il réalise soudainement qu’il est aux portes d’un cercle très sélectif : celui des top players. Cette épopée new-yorkaise coïncide avec son éclosion au classement ATP : le voilà tout proche du Top 100.

Propulsé en étoile montante du tennis français, Ugo Humbert aurait pu se laisser griser par cette soudaine frénésie médiatique entourant son ascension. Ce coup d’éclat ne restera pas sans lendemain. Ugo Humbert n’a eu de cesse de confirmer les innombrables espoirs placés en lui. Son année 2019 est à classer parmi les chefs d’œuvre de sa collection personnelle : première victoire sur un Top 20 (Borna Coric, n°13) à l’Open 13 de Marseille, premier 8ème de finale en Grand Chelem à Wimbledon, seulement stoppé par l’inarrêtable Novak Djokovic (n°1), moisson en Challengers (Cherbourg, Istanbul et Brest), qualification pour le Masters Next Gen en fin d’année…

Les superlatifs manquent pour mettre des mots sur l’envol du jeune Ugo, désormais solide 34ème mondial, et surfant sur une faste année 2020 malgré la crise sanitaire : deux titres à Auckland et Anvers (ATP 250) ainsi qu’une victoire sur un membre du Top 10, le russe Daniil Medvedev (n°5) au Masters 1000 de Rome. Son fructueux périple en terre parisienne ne lui a pas fait perdre de vue son Graal : triompher en Grand Chelem. « C’est la première fois que je suis en quarts d’un Masters 1000. A Rome, je n’étais pas loin non plus. Ce que cela représente pour moi ? Je suis très content, mais ce n’est pas une fin en soi », soulignera-t-il en conférence de presse quelques minutes après son succès contre Marin Cilic.

Malgré la fatigue et les crampes, Ugo Humbert résiste et capitalise sur la « bonne souffrance ». « Je sais que je suis capable de récupérer assez vite. Je ne m’attendais pas être aussi bien aujourd’hui (jeudi). Parce qu’à la fin du match contre Tsitsipas, je n’étais vraiment pas bien. Mais là, c’était déjà mieux musculairement. » Notre stakhanoviste des courts a de la ressource. Ternie par une ultime défaite contre le revenant canadien Milos Raonic (n°17), la saison 2020 d’Ugo Humbert demeure tout de même un très bon millésime. Nouvelle coqueluche des médias et du public, le messin a bien le profil de l’emploi : celui de l’héritier du dernier lauréat tricolore en Majeur, désormais célèbre interprète de Saga Africa.

Directeur adjoint de la rédaction | Plus d\'articles

Passionné par le monde du tennis depuis mon plus jeune âge, je désire désormais en être un acteur engagé. Enquêtes, reportages, immersions… mon but est de dépeindre l’univers tennistique tel qu’il est, sans l’enjoliver.

Edouard Lavollé

Passionné par le monde du tennis depuis mon plus jeune âge, je désire désormais en être un acteur engagé. Enquêtes, reportages, immersions… mon but est de dépeindre l’univers tennistique tel qu’il est, sans l’enjoliver.

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