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Next Gen – Big 3 : A quand la passation de pouvoir ?

Next Gen et Old Gen ensemble lors de la Laver Cup 2019 © FadingTramlines/Flickr

Depuis quelques années et le passage à la trentaine du Big 3, une nouvelle génération tendait à prendre la relève. Mais avec la résurgence de Roger Federer, qui motive par la même occasion Rafael Nadal et Novak Djokovic, la Next Gen peine à s’imposer durablement sur le circuit.


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Ce n’est pas chose aisée de garder son niveau au-delà de ses 30 ans. Et pourtant, c’est ce que font sans aucun problème (ou presque) Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic. La preuve : les 13 derniers tournois du Grand Chelem ont tous été remportés par un membre du Big 3 (3 pour Federer, 5 pour Nadal, 5 pour Djokovic). Et ce n’est pas comme si la nouvelle génération imposait une résistance folle. En effet, seuls deux joueurs nés après 1990 ont participé à une finale de Grand Chelem, en l’occurrence Dominic Thiem et Daniil Medvedev. Il est vrai que la Next Gen n’a pas été très présente ces dernières années dans les derniers carrés des gros tournois, malgré quelques incursions récentes ici et là. Le niveau imposé par les anciens est-il trop élevé, ou les jeunes sont-ils victimes d’un réel manque de confiance ?

Le Big 3 trop fort ?

Cela fait longtemps que le remplacement doit avoir lieu dans le tennis, et même si l’on y a cru un moment à l’intersaison 2016-2017, les deux plus grands joueurs de l’histoire nous ont rappelé qu’ils étaient loin d’être finis et nous ont offert une renaissance à l’Open d’Australie. Depuis Wimbledon 2018, Novak Djokovic a aussi rejoint le club, en remportant 5 des 7 Grand Chelem qui se sont disputés depuis. La Next Gen a eu l’opportunité à maintes reprises de prendre le dessus sur le Big 3, parmi les occasions notables : Tsitsipas à Montréal en 2018, à l’Open d’Australie 2019, Zverev à Indian Wells 2016, à l’Open d’Australie 2017 et 2020, à Rome 2018, Borna Coric à Indian Wells et à Shangaï en 2018, etc…

Mais surtout, le doyen de cette Next Gen, Dominic Thiem, a échoué à maintes reprises en finale face au Big 3, ne triomphant que pour la première fois en Masters 1000 à Indian Wells l’an passé. L’Autrichien nous a aussi gratifié de déceptions en Grand Chelem, à l’US Open 2018, et surtout lors de ses trois finales majeures. Même si l’on peut souligner son bilan positif face à Roger Federer, ses cinq victoires face à Nadal, dont quatre acquises sur terre battue, ainsi que ses quatre victoires face à Djokovic. Mais en Grand Chelem, le numéro 3 mondial n’arrive pas à passer un cap.

Pour la plupart de ces joueurs, le problème reste la non-confirmation d’une victoire face à un joueur du Big 3. Ces jeunes joueurs font preuve d’une étonnante incapacité à enchaîner les grosses performances lors des Grand Chelem, ou pour certains l’exposition à une trop forte pression qu’ils ne parviennent pas à maîtriser. Dominic Thiem en est le parfait exemple : lors des trois tournois du Grand Chelem où il a atteint la finale, l’Autrichien s’est défait d’un membre du Big 3 au préalable. Cependant, arrivé aux portes du titres, Thiem ne parvient pas à se transcender et vaincre un autre mastodonte, en l’occurrence Rafael Nadal à Roland Garros en 2018 et 2019, et Novak Djokovic à l’Open d’Australie en 2020.

Même constat pour le Grec Stefanos Tsitsipas : après sa victoire contre Roger Federer à l’Open d’Australie en 2019, le Grec confirme très bien en quarts face à Bautista Agut avant de céder complètement face à Nadal en demi-finale. Il perd complètement son jeu de prise de balle précoce et de service-volée, qui avait si bien marché contre le maestro suisse, pour rentrer dans une bataille de fond de court perdue d’avance contre un Toro déchaîné dans l’arène de Melbourne Park. Une défaite symptomatique des déboires de la Next Gen, face aux 56 tournois du Grand Chelem remportés par le Big 3. Mais encore, Tsitsipas et Thiem font office d’exception, par une certaine constance dans leurs résultats. Ce n’est pas le cas de toute la Next Gen.

L’inconstance, maître-mot de la Next Gen

Outre les têtes de série ayant atteint des hauts paliers en Grand Chelem, le pan encore plus jeune de cette génération n’arrive pas non plus à tirer son épingle du jeu. En effet, Auger-Aliassime, Shapovalov, ou encore Tiafoe, semblent avoir du mal à confirmer certaines de leurs bonnes performances de l’an passé. Que ce soient des demi-finales de Masters 1000 à Miami pour Shapovalov et Auger-Aliassime, ou encore un quart de finale à l’Open d’Australie pour Tiafoe en 2019, tout laissait présager un futur radieux pour eux après avoir été surprenants. Mais aucun n’a su réellement prouver que l’on pouvait compter sur lui pour prendre la suite. Cette année à l’Open d’Australie, les trois ont été éliminés au premier tour.

Pour les joueurs « plus vieux », autour de 25 ans, malgré quelques exploits, leur bilan reste en demi-teinte, tels que Kyrgios, Khachanov et même Medvedev. Pour ce qui est de l’Australien, il n’en est pas à son coup d’essai. Capable de battre les trois membres du Big 3, il a encore démontré tout son talent en ce début de saison 2020. Une performance solide lors de l’ATP Cup avec une victoire à l’arrachée contre Tsitsipas, mais encore une fois gâchée par son manque d’envie lors de sa demi-finale face à Roberto Bautista Agut. Adepte de ce genre de performances en demi-teinte, Kyrgios n’a jamais fait mieux que deux quarts de finale en Grand Chelem, en 2014 et 2015. Même si son parcours à l’Open d’Australie cette année donne une lueur d’espoir, rien ne garantit que l’Australien atteigne un jour le niveau correspondant à son talent.

Pour Medvedev, après une fin de saison tonitruante (sur six tournois, il a remporté trois titres, dont deux Masters 1000, et participé à trois finales, dont celle de l’US Open), il n’a pas su faire abstraction de ses problèmes caractériels et a subi un terrible retournement de situation face à Rafael Nadal au Masters. Il menait 5-1 dans le troisième set, et même si Rafa a fait preuve d’une détermination à toute épreuve, le Russe a lâché un match qu’un joueur de sa trempe ne peut laisser passer. Malgré sa finale à l’US Open l’an dernier, Medvedev a enchaîné les contre-performances et essuyé deux défaites évitables cette saison, face à Vasek Pospisil à Rotterdam, et face à Gilles Simon à l’Open 13. Capable du pire comme du meilleur, il aura de nombreux points à défendre pour la reprise, si le circuit daigne reprendre un jour.

Tout comme Medvedev, on attendait Karen Khachanov comme le renouveau du tennis russe. Finalement, le 15ème joueur mondial peine à être à la hauteur des espoirs placés en lui. Lors d’une saison 2018 convaincante avec un huitième de finale contre Rafael Nadal où il a grandement gêné l’Espagnol (7-5, 5-7, 6-7, 6-7), il remporte contre toute attente le Masters 1000 de Bercy face à Novak Djokovic. Mais en 2019, le Russe ne confirme pas et essuie des défaites contre Griekspoor à Rotterdam ou encore Basilashvili à DubaÏ. Il parvient encore à gêner Nadal, à Indian Wells cette fois-ci (6-7, 6-7), mais s’incline face à Jordan Thompson au premier tour à Miami. Son début de saison 2020 laisse présager d’une certaine constance, avec un troisième tour acharné perdu face à Kyrgios (2-6, 6-7, 7-6, 7-6, 6-7) et un quart de finale à Dubaï. Mais comme pour ses deux compères, une défaite au premier tour n’est jamais bien loin.

L’esquisse récente d’un renouveau 

Malgré des contre-performances à tirelarigot, la Next Gen voit un leader s’imposer et causer du tort à l’ancienne génération. Dominic Thiem fait évidemment office de porte-drapeau du renouveau du tennis, même si, trop jeune pour le Big 3 du haut de ses 27 ans, il apparaît également trop vieux pour régner sur la Next Gen. Et pourtant, c’est bien l’Autrichien qui est parvenu à rompre le premier l’hégémonie du Big 3, tout du moins au classement, puisqu’il est désormais confortablement installé à la troisième place mondiale. Finaliste de Grand Chelem à trois reprises, 2020 pourrait être son année, même dans le contexte de la crise sanitaire.

Thiem est plus expérimenté, présent sur le circuit depuis 2012, il a pris son temps pour confirmer son statut au sein du top 5 mondial, mais cela semble chose faite désormais. Il a acquis une réelle maturité dans son jeu qui lui permet de faire moins de fautes, d’oser beaucoup plus avec des montées successives à la volée, ainsi que d’user de prises de risques payantes en jouant très long et proche des lignes. L’Autrichien a également fait progresser le domaine où il pêchait parfois, son service. Il peut désormais trouver toutes les zones en alliant précision et puissance à la quasi-perfection. 

L’arrivée de Dominic Thiem dans le top 3 n’a fait qu’ouvrir la porte du succès aux plus jeunes joueurs qui y sont prêts. La liste est longue et ce début de saison 2020 n’a fait que révéler une liste encore plus grande de nouveaux talents. Parmi les confirmations, on compte évidemment Alex De Minaur et Andrey Rublev, déjà performants en 2019, le premier ayant atteint plusieurs finales ATP, dont celle de Bâle et du Next Gen ATP Finals, et un huitième de finale à l’US Open. Il a également montré tout son talent en passant proche de battre Rafael Nadal lors de l’ATP Cup. Le second, n’ayant pas représenté son pays pour l’ATP Cup, a remporté les tournois de Doha et Adelaïde, et atteint un huitième de finale à l’Open d’Australie, perdu face à Zverev.

Mais il serait déplacé de ne pas mentionner les autres talents du circuit, tels que Jannik Sinner, vainqueur du Next Gen ATP Finals l’an passé ; Thiago Seyboth Wild, vainqueur de l’ATP 250 de Santiago, à seulement 19 ans ; Hubert Hurkacz, tombeur de Dominic Thiem lors de l’ATP Cup ; Cristian Garin, vainqueur de Cordoba et Rio sur terre battue cette année ; sans mentionner les performances de Popyrin, Kecmanovic, Ruud, et de nos chers Français Corentin Moutet et Ugo Humbert.

Lorsque l’on voit les affrontements que sont capables de nous offrir les membres de la Next Gen, une chose est sûre : ils ne feront pas office de conteurs de la théogonie du Big 3. La relève, même si elle prendra bien plus de temps que prévu, est bien assurée.

Directeur de la rédaction | Plus d\'articles

Passionné par ma vocation, et par le tennis. Entre analyses, enquêtes ou reportages, mon fil d’Ariane est d’exposer ce que l’on ne voit pas forcément au sein du monde de la petite balle jaune.

Mickaël Corcos

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