Terre battue
Le tennis d'après

Reprise du circuit : une décision prématurée ?

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Le circuit ATP va reprendre avec un tournoi à Washington le 14 août © Unsplash / Siamak

Les joueurs testés positifs, la soirée en boîte de nuit, des tournois avec public, l’annulation de la Coupe Davis 2020… autant d’événements qui posent question sur la pertinence de reprendre le tennis presque tel qu’il était avant la pandémie.


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Ici et là, les tournois reprennent petit à petit. Nombreuses sont les fédérations à organiser des tournois réservés aux joueurs de leur pays, en plus de l’Adria Tour (le tournoi organisé par Novak Djokovic) et l’Ultimate Tennis Showdown (organisé par Patrick Mouratoglou). De plus, le public refait aussi peu à peu son apparition dans les tribunes, mais au vu des événements récents, cette reprise du tennis n’est-elle pas trop prématurée ? L’appât du gain est-il plus important que la crise sanitaire ? Les joueurs et les organisateurs sont-ils inconscients ou victimes du manque de connaissance sur le virus et sa propagation ? Ce qui est certain c’est que les récents cas positifs de Covid-19, qui ont été détectés chez au moins quatre joueurs ATP (Dimitrov, Coric, Troicki et Djokovic), remet en question la reprise du circuit.

Un joueur testé positif

Tout a commencé le 20 juin lorsque Grigor Dimitrov (19e mondial), qui participait à l’Adria Tour, est annoncé positif au coronavirus. C’est un mini coup de tonnerre qui tombe sur le monde du tennis et surtout sur l’Adria Tour. Le tournoi qui semblait respecter les diverses mesures pour lutter contre la pandémie n’a rien pu faire pour empêcher la contamination des joueurs. Ce même tournoi qui accueillait du public et qui par conséquent est susceptible d’être un lieu de transmission du virus.

Rapidement les différents protagonistes du monde de la petite balle jaune ont tous critiqué l’organisateur du tournoi, le numéro 1 mondial, Novak Djokovic, qui s’est alors transformé en véritable bouc-émissaire. « Les organisateurs de l’événement sont les seuls à avoir la responsabilité du protocole sanitaire du tournoi et de créer les règles à suivre. Grigor a strictement respecté toutes les règles imposées par les organisateurs et les lois et règlements existants lors du passage de la frontière entre la Bulgarie, la Serbie et la Croatie », a réagi Georgi Stoimenov, le manager du Bulgare, sur le site tenniskafe.com.

Néanmoins ces accusations et critiques qui pèsent sur Nole ont toutes débuté après les propos tenus par son père, Srdjan Djokovic. Cependant, il semble un peu facile de prendre le Djoker comme unique responsable de cette situation. L’affaire n’ayant pas été éclaircie et les causes de la contamination n’étant pas connues, il est impossible de dire que Grigor Dimitrov a été contaminé en raison d’un manque de précautions de l’organisation.

Seul Dominic Thiem a préféré reconnaître la responsabilité de l’ensemble des joueurs plutôt que d’incriminer le numéro 1 mondial : « J’étais sous le choc quand j’ai appris ce qu’il s’était passé à l’Adria TourNous avons joué sans public pendant des semaines donc nous étions plus qu’heureux d’avoir des fans pour la compétition, a confié l’Autrichien sur Instagram. Nous avons fait confiance aux règles mises en place par le gouvernement serbe sur le Covid-19, mais nous étions trop optimistes. »

« Notre comportement était une erreur, nous avons agi de manière trop euphorique, a-t-il admis. Je suis extrêmement désolé. Je souhaite un prompt rétablissement à toutes les personnes qui ont été infectées », conclut-il

Des directives sanitaires divergentes

Le coup de massue arrive dans les jours qui suivent lorsque Borna Coric (33e mondial), Viktor Troicki (183e mondial) et Novak Djokovic lui-même sont testés positifs au coronavirus. La finale du tournoi qui opposait le numéro 1 à la pépite russe Andrey Rublev (14e mondial) a été annulée dans la foulée. D’autant plus que des images d’une soirée en boîte de nuit à Zadar (Croatie), où l’on peut notamment voir le Serbe, et d’autres joueurs, danser et être loins de respecter la distanciation sociale, se sont propagées sur les réseaux sociaux. Une vidéo n’a d’ailleurs pas manqué de faire réagir le sulfureux Nick Kyrgios (40e mondial). « Ne me mentionnez plus pour des choses que j’ai faites qui sont « irresponsables » ou jugées comme « stupides ». Ça, c’est le comble du ridicule », a-t-il fustigé sur Twitter après avoir apporté son soutien aux autres joueurs victimes de la pandémie. 

Mais ces cas de contamination posent d’autant plus de questions que les tournois reprennent et que d’ici peu de temps ils vont s’enchaîner et les joueurs seront amenés à être en contact avec un nombre de joueurs plus important. Interrogé par Eurosport, l’épidémiologiste Catherine Hill a rappelé que beaucoup de personnes porteuses du virus n’avaient pas de symptômes et le danger des lieux clos comme les boîtes de nuit. « Ce qui est important, c’est que les joueurs portent des masques (sauf pour les matchs et les entraînements, NDLR), qu’ils ne se tapent pas dans la main, qu’ils soient éloignés les uns des autres. Tout simplement qu’ils fassent attention », affirme-t-elle. Une mesure non respectée lors de l’Adria Tour.

A quelques semaines de la reprise du circuit ATP, cet événement pourrait se transformer en piqûre de rappel sur les mesures à mettre en place. L’ATP a d’ailleurs rappelé dans un communiqué l’importance de respecter les gestes barrières et les mesures visant à limiter la propagation du virus. Un communiqué qui a été suivi de peu par celui de la Fédération Française de Tennis (FFT), qui vise à assouplir les mesures sanitaires. « Cette reprise peut avoir lieu sur terrains extérieurs et intérieurs. Les compétitions sont permises le cas échéant en présence de public, dans le respect des règles de distanciation, et avec une déclaration en préfecture, si le nombre de personnes présentes sur le site était supérieur à 1 500, peut-on lire dans ce dernier. Le protocole concernant les balles est, quant à lui, supprimé. Celles-ci n’ont plus besoin d’être différenciées et les joueurs peuvent désormais utiliser les mêmes balles. Les cours collectifs peuvent également reprendre avec le nombre habituel de participants », poursuit la note.

Un avis diffusé alors même qu’un tournoi, le Challenge Elite FFT, réunissant les 24 meilleurs Français et les 12 meilleures Françaises s’organisera en trois étapes (du 6 au 11 juillet à Nice, du 13 au 18 juillet à Cannes et du 20 au 25 juillet à Villeneuve-Loubet). 

Sur le même modèle, un tournoi avec la présence de public devrait se tenir du 3 au 5 juillet aux Etats-Unis dans la ville d’Atlanta. Ce tournoi réunirait 450 spectateurs par jour (30 % de la capacité du stade) pour admirer le top 8 des joueurs américains.

Des avis mitigés 

Ces tournois qui devraient avoir lieu contrastent avec l’annonce récente de l’annulation de la Coupe Davis 2020. Des décisions tous azimuts qui révèlent un manque de concertation et de cohérence entre les différents acteurs de la planète tennis.

« Cette affaire rend les choses encore plus difficiles pour tous. Mais c’est une alarme. On va voir ce qui va se passer dans les trois semaines. Il y a la question du protocole à tenir pour les joueurs testés positifs pendant un tournoi. C’est évidemment une question qui va revenir de plus en plus sur la table. C’est difficile. Personne n’a vraiment la réponse », a déclaré Stefan Tzvetkov, président du tournoi de Sofia, dans une interview accorder au journal L’Équipe.

Invité de l’émission DIP Talk d’Eurosport, le joueur français Corentin Moutet (75e mondial) a estimé que le circuit ne devrait pas être mis en pause à cause des événements de l’Adria Tour. En revanche le fait que certains joueurs, comme les Argentins, ne puissent pas participer aux tournois lui posait davantage question.

Journaliste/Chroniqueur | Plus d\'articles

Etudiant en deuxième année de journalisme, Tennis Time est le regroupement de mes deux moteurs dans la vie : le sport et le journalisme

Yohan Malliard

Etudiant en deuxième année de journalisme, Tennis Time est le regroupement de mes deux moteurs dans la vie : le sport et le journalisme

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