Archives

David Ferrer : hommage à un gladiateur

© janmci / Flickr

Ferru joue donc son dernier tournoi à Madrid. A 36 ans, la “teigne” raccroche la raquette mais aura marqué le tennis de son empreinte. Retour sur les moments qui ont définit la réputation de l’espagnol comme celle d’un guerrier infatigable. 

David Ferrer aura à coup sûr marqué la génération de tennis actuelle, pas pour son nombre de titres glanés mais pour sa combativité et sa capacité à toujours tout donner sur le terrain et ne jamais rien lâcher. Prendre sa retraite en n’ayant jamais gagné un tournoi du Grand Chelem est peut-être un des seuls regrets qu’il peut avoir sur sa carrière, lors de laquelle il a toujours (ou presque) fait preuve d’exemplarité. Il restera dans les mémoires comme un exemple de combativité et de persévérance, qualités qu’il a toujours démontrées à travers ses matchs :

  • US Open et Masters 2007 :

En 2007, le monde du tennis voit exploser un espagnol qui n’était jusque là que trop resté dans l’ombre du Taureau de Manacor. C’est en éliminant successivement, David Nalbandian, Rafael Nadal et Juan Ignacio Chela que Ferrer se retrouve en demi-finale d’un Grand Chelem pour la première fois de sa carrière face à Novak Djokovic. Il s’incline malheureusement (4-6, 4-6, 3-6), mais ce succès lui aura permis de participer au Masters de fin d’année et d’y faire également très forte impression. En effet, il se défait facilement de Novak Djokovic (6-4, 6-4) et Richard Gasquet (6-1, 6-1), de Rafael Nadal en 3 sets (4-6, 6-4, 6-3) ainsi que de Andy Roddick (6-1, 6-3) pour rejoindre Roger Federer en finale, contre qui il s’inclinera (6-2, 3-6, 2-6). Il n’a d’ailleurs jamais gagné face au Maître suisse, peut-être un autre regret de sa carrière.

  • Andy Roddick Coupe Davis 2008 : 

Après une année 2008 dans la lignée de 2007, David Ferrer commence à trouver de la constance dans son jeu et multiplie les sélections avec l’équipe espagnole de Coupe Davis. Il atteint les demi-finales avec son pays contre les Etats-Unis, une équipe composée de Sam Querrey, des frères Bryan et d’un certain Andy Roddick. Le numéro 1 américain affronte donc l’espagnol dans un match interminable de plus de 5 heures, un Roddick méconnaissable sur terre battue, lors d’une saison personnelle en demi-teinte, sort de son chapeau une performance digne de ses jeunes années. Le public espagnol croit même assister à un exploit de la part de Roddick qui produit une qualité de jeu jamais vue au troisième set (6-1). Mais c’était sans compter sur la hargne de Ferrer qui, poussé par un public survolté, refait son retard et pousse l’américain dans un cinquième set. Ferru break à 6-6 pour ensuite remporter le match (7-6, 2-6, 1-6, 6-4, 8-6) et donner le second point à son équipe, qui remportera la rencontre, et la finale contre l’Argentine de Juan Martin del Potro.

  • Del Potro Coupe Davis 2011 :

En 2011, après une année satisfaisante avec notamment une finale de Grand Chelem et trois finales de Masters 1000, Ferru arrive en fin de saison en finale de Coupe Davis avec l’Espagne, encore une fois contre l’Argentine. Rafael Nadal se défait facilement de Juan Monaco en match d’ouverture, Ferrer devra ensuite affronter Juan Martin Del Potro pour apporter un second point à l’Espagne et la rapprocher d’un nouveau titre. Après 4h46 de jeu et un bras de fer spectaculaire où les deux hommes se rendent coup pour coup, la puissance a fini par céder face au mur. La tour de Tandil aura essayé jusqu’au bout mais Ferrer était trop fort, sur une surface qu’il domine à la perfection, l’espagnol était tout simplement sur toutes les balles. Mêmes les montées à la volée de l’argentin ne l’auront pas arrêté, trouvant toujours la solution entre lob, passing ou poussant l’adversaire à la faute. Bien que Del Potro se soit défendu dans les 2ème et 3ème set, Ferrer a vite repris le dessus pour permettre à l’Espagne de se rapprocher de son 5ème titre en Coupe Davis.

  • Almagro Madrid 2012 :

C’est le duel de cette saison 2012, Ferrer contre Almagro. Les deux espagnols sont au top de leur forme et s’affrontent à quatre reprises cette année-là. Hélas pour Almagro, son ratio face au valencien n’est pas des plus glorieux, il a quasiment toujours perdu contre lui. Sa seule victoire était lors de leur dernière rencontre à Buenos Aires en 2016. Mais en 2012, Ferrer marchait littéralement sur l’eau et sort une de ses plus belles saisons. Il arrive à Madrid confiant après un bon début de saison et se défait facilement de Radek Stepanek. Le huitième de finale mettra en scène un duel 100% espagnol, entre David Ferrer et Nicolas Almagro. Le match est un des plus accrochés de la saison sur terre, près de trois heures de jeu, 2 tie-breaks, et une terre battue bleue favorable au mieux classé des deux. Un combat épique entre un Ferrer en transe et un Almagro survolté, le roi David sauvera une balle de match au tie-break du 3ème set à 7-8 pour ensuite l’emporter 10-8 (7-6, 3-6, 7-6). Un duel qui restera dans toutes les mémoires, comme ce tournoi si particulier, jugé “maudit” par Rafael Nadal. Mis en cause par El Toro : la couleur bleue inhabituelle de la surface, habituellement ocre, cette année-là.

  • Paris-Bercy 2012 :

Ferrer arrive à Paris en tant que tête de série numéro 4 pour le 81ème Masters 1000 de sa carrière, et une chose est sûre : il est en forme. Il sort d’un succès à Valence, sixième trophée de la saison pour lui, et d’une très grosse prestation à l’US Open (vous le verrez plus bas), l’espagnol est plus en confiance que jamais. Tout le long du tournoi, Ferru écœure ses adversaires par sa capacité à aller chercher toutes les balles. Il élimine à la suite Marcel Granollers, Stan Wawrinka, Jo-Wilfried Tsonga, ainsi que les deux surprises du tournoi : Michaël Llodra en demi-finale et Jerzy Janowicz en finale, en ne laissant passer qu’un seul petit set au long du tournoi. L’espagnol remporte le premier Masters 1000 de sa carrière et devient le seul et unique ibère à décrocher un titre au sein de la capitale parisienne. 

  • Almagro Open d’australie 2013 :

Ferrer retrouve Almagro dès le début de l’année 2013 à Melbourne, et une chose est sûr, le second n’est pas là pour jouer à la baballe. Il met la pression à son adversaire dès le début de la partie et remporte les deux premiers sets assez facilement. A ce moment-là, Almagro pense tenir sa première victoire en 13 rencontres face à Ferru. Mais c’était sans compter sur la combativité du valencian qui break Almagro à la fin du 3ème set à 6-5, puis le pousse au tie-break du 4ème set. Il l’emporte finalement en 5 sets et près de 4 heures de jeu sur un des plus beaux come-back de sa carrière. Cette victoire est sa 500ème en carrière et il devient par la même occasion numéro 4 mondial (son meilleur classement en carrière) et numéro 1 espagnol devant Rafael Nadal, forfait. Il devient également le dixième joueur en activité à atteindre les quarts de finale dans les quatre tournois du Grand Chelem, les autres étant Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Andy Murray, David Nalbandian, Juan Carlos Ferrero, Lleyton Hewitt, Mikhail Youzhny et Jo-Wilfried Tsonga. Il s’incline finalement contre Novak Djokovic en demi-finale, qui remportera le tournoi par la suite.

  • Tipsarevic US Open 2012/2013 :

Une dilogie qui restera dans les mémoires à Flushing Meadows, le véritable combat qu’ont mené Janko Tipsarevic et David Ferrer à l’US Open en 2012 et en 2013. Pour ce qui est de 2012, c’est en quarts de finale que les deux hommes se rencontrent. 4h31 de match entre deux gladiateurs connus pour leur ténacité, et à la fin c’est le plus espagnol des deux qui l’emporte après cinq sets de pure folie (6-3, 6-7, 2-6, 6-3, 7-6) et se qualifie pour sa seconde demi-finale de Grand Chelem qu’il perdra face à Novak Djokovic. Et on imagine que le match aurait pu durer encore plus longtemps si le tie-break du 5ème set n’était pas présent comme c’était le cas dans les autres tournois du Grand Chelem. Pas de match en 5 sets en 2013, mais une rencontre toute aussi folle pour les deux hommes en 4 sets et près de 4 heures de jeu. Chaque set est extrêmement disputé mais à la fin c’est Ferrer qui l’emporte, meilleur que son adversaire dans les moments clés de la rencontre (7-6, 3-6, 7-5, 7-6). Ferru se retrouvera ensuite en quarts de finale face à Gasquet, contre qui il livre également une grosse prestation mais s’incline en 5 sets. 

  • Roland Garros 2013 : son meilleur tournoi ? :

Pour une des ses deux meilleures saisons (avec 2012), David Ferrer arrive à Roland Garros l’esprit revanchard de s’être fait éliminer prématurément à Barcelone face à Tursunov, puis deux fois de suite en quart de finale face à Rafael Nadal à Madrid et Rome. Auteur d’un tournoi de maître, il ne perd aucun set jusqu’à la finale en balayant sur sa route, Matosevic, Montanes, F. Lopez, Anderson, Tommy Robredo et Jo-Wilfried Tsonga et en ne passant que 10h52 sur le court, en moyenne 1h48 par adversaire. Mais ça fera 3 victoires d’affilée sur terre battue contre Ferrer pour Nadal, el Toro prend le dessus très rapidement et ne laisse aucune chance à Ferru. C’est la seule finale de Grand Chelem qu’il a disputée, peut-être dépassé par l’événement.

  • Kohlschreiber coupe davis 2018 :

Après de longues années dans le top 10, David Ferrer connaît une lente période de déclin depuis fin 2015 et des blessures à répétition. Il enchaîne les tournois de plus en plus compliqués mais tient toujours tête à ses adversaires malgré la difficulté de tenir la cadence. Mais en avril 2018, devant une Roja décimée par les blessures, Sergi Bruguera, capitaine de l’équipe espagnole de Coupe Davis, décide de rappeler le vétéran Ferrer pour affronter l’Allemagne de Zverev. Nadal, qui revenait de blessure, fait le job en gagnant ses deux simples, mais Zverev gagne son match contre Ferrer et la paire Puetz-Struff fait le job en double. Ce sera donc lors d’un cinquième match décisif que les deux nations devront se départager. Et quel match ! Kohlschreiber et Ferrer vont batailler pendant 5 sets et quasiment 5 heures de jeu. Et le valencien va donner la victoire à son équipe devant le public de sa ville natale, après un match épique digne de sa carrière (7-6, 3-6, 7-6, 4-6, 7-5). Il n’aura rien lâché jusqu’au bout. 

  • Zverev Miami 2019 :

Ne faisant plus partie du top 100 depuis août 2018, Ferru joue sa dernière saison sur le circuit et s’est donné une seule règle pour terminer en beauté : se faire plaisir. Diminué physiquement, il parvient tout de même à se défaire de Sam Querrey au premier tour pour jouer un deuxième tour face à Alexander Zverev et ainsi prendre sa revanche par rapport à la Coupe Davis de l’an dernier. Le match commence mal puisque l’allemand remporte le premier set 6-2. Mais Ferrer puise dans des ressources que lui-même ne pensait pas avoir pour retourner la situation et remporter le deuxième set 7-5 puis le troisième 6-3. Encore une fois, la Old Gen montre à la Next Gen qu’elle n’est pas morte. Ferru créé l’exploit et se qualifie pour un huitième de finale face à Frances Tiafoe. Épuisé, il perdra tout de même en 3 sets (7-5, 3-6, 3-6) contre l’américain qui ira jusqu’en quarts de finale et qui s’est dit être un grand admirateur de la légende. Beaucoup de respect entre les deux hommes. 

Malgré une (presque) exemplarité sur le court, David Ferrer traîne derrière lui une casserole, et pas des moindres. En effet, lors de son match face à Nishikori lors de l’US Open 2008, l’Espagnol n’arrive pas à jouer et s’énerve sur sa chaise pendant le changement de côté. Il prononce des grossièretés qui ne plaisent pas à l’arbitre de chaise, il reçoit donc justement un avertissement. La suite n’est pas à montrer dans les écoles de tennis…

Directeur de la rédaction | Plus d\'articles

Passionné par ma vocation, et par le tennis. Entre analyses, enquêtes ou reportages, mon fil d’Ariane est d’exposer ce que l’on ne voit pas forcément au sein du monde de la petite balle jaune.

Mickaël Corcos

Passionné par ma vocation, et par le tennis. Entre analyses, enquêtes ou reportages, mon fil d’Ariane est d’exposer ce que l’on ne voit pas forcément au sein du monde de la petite balle jaune.

A lire aussi ...

Laisser un commentaire