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Roland-Garros : Et à la fin, c’est Rafa qui gagne

Des parties alléchantes et des concurrents sérieux n’ont pas suffi à venir à bout de Nadal. Avant de passer sur gazon, récit d’une quinzaine plutôt spectaculaire à Paris

Nadal dominateur, Federer convaincant, Djokovic troublé, Thiem qui tutoie les sommets, Wawrinka de retour; une chose est sûre : ce tournoi de Roland Garros n’a pas laissé beaucoup de fans de tennis indifférents. Malgré un nouveau court Philippe Chatrier qui sonnait parfois creux, bien rattrapé par l’ambiance par moments euphorique du Suzanne Lenglen, le Grand Chelem parisien a tenu toutes ses promesses, chose qui se faisait attendre depuis bientôt 3 ans du côté de la porte d’Auteuil. 

Un nouveau Big 4 plus que jamais en place

Qu’on le veuille ou non, même si la Next Gen se montre de plus en plus entreprenante, il en faut plus, beaucoup plus pour pouvoir se défaire des trois trentenaires et du plus jeune autrichien, qui est le seul à parvenir à se démarquer. Dominic Thiem, celui qu’on annonçait comme le leader de la nouvelle génération a, cette année, battu les trois premiers joueurs mondiaux, excusez du peu, et s’installe réellement comme le remplaçant légitime d’Andy Murray. Mais le compagnon de Kristina Mladenovic est déjà âgé de 25 ans, un peu vieux pour la Next Gen. A cet âge-là, Roger Federer avait déjà remporté 13 tournois du Grand Chelem. Même si les époques et les joueurs sont difficilement comparables, le gouffre reste assez abyssal. 

Parlons donc du maître incontesté du tennis mondial. Bien qu’ayant pris une belle claque par rafales et Nadal en demi-finale (6-3, 6-4, 6-2), le maestro suisse s’est rassuré, notamment lors de son quart de finale face à Stan Wawrinka où il a su élever son niveau de jeu dans les moments importants. Lui qui espérait enfin une victoire face à l’espagnol sur ocre n’aura pas donné vie à ses rêves, même si Roger s’est bien battu durant les deux premiers sets. Hélas pour lui, la terre battue n’avantageant déjà pas son jeu de prise de balle précoce, le vent était bien malvenu pour l’helvète qui n’avait d’autre choix que de mettre en position favorable son adversaire, qui avait tout loisir et tout son temps pour le balader grâce à son redoutable lift.

Nous parlerons du Toro plus juste après, mais observons d’abord le parcours du numéro 1 mondial, Novak Djokovic. Le serbe ne s’est pas réellement rassuré, mais ne s’est pas non plus déçu sur cette quinzaine. Il a plutôt bien joué jusqu’en demi-finale, solide puis perturbé lors de son affrontement contre Dominic Thiem. Des interruptions fréquentes dues à une pluie intempestive ont beaucoup gêné les deux joueurs, mais au final, c’est l’autrichien qui en est sorti vainqueur (6-2, 3-6, 7-5, 5-7, 7-5) et qui se hisse en finale pour la deuxième année consécutive. Nole arrivera sur gazon pour défendre son titre à Wimbledon sans réels repères par rapport à une saison en demi-teinte, tant bien sur terre battue que sur dur. 

Place au plus grand joueur de tous les temps, sur terre battue. Douze titres dans un même tournoi… du Grand Chelem ! Mais où va s’arrêter Rafael Nadal ? Telle est la véritable question. Après un début de saison presque cauchemardesque, le majorquin semble transfiguré depuis son titre au Masters 1000 de Rome. Inarrêtable depuis. Quelques petites baisses de régime face à Goffin et Thiem, mais rien ne semblait pouvoir entraver la quête de la dodecima pour le taureau de Manacor. Rafa était en mission pour récupérer sa gloire perdue au profit de Fabio Fognini, Dominic Thiem et Novak Djokovic, qui l’ont tous les trois défait lors des autres tournois sur terre battue. Reste maintenant à performer sur les autres surfaces, on attend de Rafa le même tournoi de Wimbledon que l’année dernière. 

Un tournoi spectaculaire 

Outre les joutes entre les différents membres du top 4 au sein du dernier carré, le tournois nous a tout de même réservé quelques surprises accompagnées souvent de matchs d’anthologie. 

Tout d’abord, le combattant Nicolas Mahut. Pris de crampes au troisième tour et défait par Leonardo Mayer, le français s’était très bien battu dans un match en 5 sets au premier tour, lui l’habitué des matchs à rallonge, en battant Marco Cecchinato (2-6, 6-7, 6-4, 6-2, 6-4) et au second tour lors d’un match assez tranquille face à Philipp Kohlschreiber (6-3, 6-3, 6-3). Le français a réitéré sa meilleure performance en simple à Roland et nous aura procuré de fortes émotions jusqu’au bout, assurant la transition parfaite entre le futur ancien Court numéro 1 et le fraîchement construit Court Simonne Mathieu.

Que dire de Stan Wawrinka, sûrement partisan du plus beau match de la quinzaine, auquel un chanceux de la rédaction de Tennis Time a pu assister. Sur le Lenglen, l’empereur déchu de Roland en 2015 et la relève entrent sur le court dans une atmosphère déjà tendue, qui le restera pour les cinq heures suivantes. Stefanos Tsitsipas et Stan Wawrinka se rendent coup pour coup, frappant toujours plus fort dans la balle, multipliant les coups gagnants et les alternances entre break et débreak. Le suisse, habitué des longues parties, sort vainqueur de celle-ci (7-6, 5-7, 6-4, 3-6, 8-6), malgré sa durée qui en fait la plus longue qu’il ait disputée. 

Le suisse a également affronté son ami Grigor Dimitrov au troisième tour. Un match en trois sets de très haut niveau entre les deux hommes. Stan aura tout de même eu besoin de 3h16 pour se défaire du bulgare (7-6, 7-6, 7-6), son mental à toute épreuve l’aura énormément aidé tout au long du tournoi. Il rejoint Roger Federer en quarts de finale mais le plus âgé des deux montre plus d’expérience et de présence dans les moments clés et vient à bout de son compatriote en quatre sets (7-6, 4-6, 7-6, 6-4). Cette semaine et demi démontre tout de même le retour de Stan The Man, à 34 ans, le suisse espère bien réintégrer le top 10 avant la fin de la saison.

Parlons de Benoît Paire. On pensait le français changé, sérieux à l’aube de Roland Garros. Vainqueur de deux tournois cette saison : Marrakech et Lyon, Benoît nous offre un match en demi-teinte pour lui mais exceptionnel pour le spectacle face à Pierre-Hugues Herbert au deuxième tour, qui lui s’était défait de Daniil Medvedev au premier tour. Cinq sets d’anthologie sur le Lenglen et à la fin c’est Benoît qui s’en sort, plus solide en fin de match (6-2, 6-2, 5-7, 6-7, 11-9). Hélas, l’avignonnais retombe dans ses travers en huitièmes de finale face à Kei Nishikori, il abandonne deux sets dans le match et craque complètement au moment de servir pour le match à 5-3 dans le decider, pour rejoindre Rafa Nadal en quarts. Le japonais inscrit 4 jeux d’affilée dans le 5ème set et fait voler en éclats les espoirs du français (6-2, 6-7, 6-2, 6-7, 7-5), trop inconstant dans un match où il faisait le jeu et pouvait faire beaucoup mieux.

Malgré un tournoi en nette amélioration par rapport à l’année précédente, surtout en terme de spectacle, il y a encore du travail, notamment sur l’ambiance du nouveau Philippe Chatrier et le remplissage du court. Même si les travaux coûtent, le prix des places est bien trop élevé pour espérer un court à guichet fermés. 

Directeur de la rédaction | Plus d\'articles

Passionné par ma vocation, et par le tennis. Entre analyses, enquêtes ou reportages, mon fil d’Ariane est d’exposer ce que l’on ne voit pas forcément au sein du monde de la petite balle jaune.

Mickaël Corcos

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